Voici un texte que j'ai reçue d'une amie et que je me dois de diffuser

Une trans' est morte. Pas dans un pays lointain, elle est morte au
beau milieu de la France. Pas pendue, lapidée ou brûlée, elle est
morte suicidée.

Morte de ne plus avoir pu supporter l'enfer dans lequel la transphobie
omniprésente de cet Etat, de ces éluEs, de cette société forcent à
vivre les personnes transgenre, tous les jours, tout le temps, 24
heures sur 24. Morte pour la seule raison d'avoir été trop
"différente". Morte de la Haine qu'on lui opposait à cause de cette
"différence". Morte de ne pas avoir trouvé la force de surmonter la
Haine.

Morte pour nourrir cet ogre inhumain appelé "la Norme".

Elle n'était pas la première dans ce cas, et elle ne sera sûrement pas
la dernière, hélas. En 2003, un enquête française constatait que les
personnes homosexuelles de 15 à 25 ans courent treize fois plus de
risque de se suicider que les personnes hétérosexuelles de leur âge.
Et je peux y ajouter que chacune, sans exception, des centaines ou
milliers de personnes transgenre que j'ai rencontrées, a sérieusement
pensé au suicide, voire fait une ou plusieurs tentatives, moi-même y
comprise. Et beaucoup trop d'entre elles y ont réussi et y réussissent
encore.

L'Ogre est vorace et se nourrit grassement.

Cette mort est une fois de plus une parfaite illustration de la Haine
transphobe qui nous entoure : on ne meurt pas que de la main des
autres, on meurt aussi simplement par leur Haine, sournoise et
omniprésente. On meurt de lassitude face à leur agression continuelle.
On meurt de résignation face à leur cynisme total. On meurt
d'épuisement à force d'avoir à se battre en permanence.

L'Ogre essaie par tous les moyens de pervertir notre droit à la vie
(qui inclut aussi le droit à la mort, si elle est librement choisie,
sans contrainte extérieure) en un devoir de mourir, pour faire gloire
à son nom : "la Norme". L'Ogre est l'idole de l'"Ordre Symbolique", de
l'obscurantisme, de l'idéologie de l'Inexistant : plus c'est fumeux et
plus c'est mortifère. Nombreuses sont les victimes sacrifiées sur son
autel, et il en meurt d'autres chaque jour.

Aux trans' aussi on leur lance, comme aux séropos, "Mais qu'est-ce ça
peut foutre qu'unE trans' crève ?" (lisez le fabuleux texte de Larry
Kramer ici : http://tapages67.org/ecrits.html#kramer ). Et comme les
séropos, nous pouvons y répondre "Nous ne sommes pas des miettes, ne
nous contentons pas de miettes !" Surtout quand on ne veut même plus
nous donner des miettes, mais juste la mort. Mais au fait, qu'est-ce
que ça peut bien foutre qu'unE trans' _vive_ ? Nous dérangeons qui
exactement, à part l'Ogre et sa "Norme" ? Cette nouvelle trans'
suicidée dérangeait donc qui exactement, à part la "Norme" ?

Ces suicides aussi sont des crimes de Haine, et des crimes politiques,
et nous parlerons aussi d'eux lors du Transgender Day of Remembrance :
la Haine produit la Mort, que ce soit par une main étrangère ou par le
téléguidage de nos propres mains.

Et il y en a marre !

"Nos morts sont politiques - nos vies aussi !"

Ce slogan s'applique aussi aux trans' qui meurent des suites des
discriminations que nous subissons.

Il est temps de nous insurger contre l'Ogre, de lui livrer une lutte
sans merci : après tout, nous n'avons pas grand-chose à y perdre,
puisqu'on nous refuse tout, jusqu'au droit de vivre, et nous avons
donc tout à y gagner. Soyons réalistes, exigeons ce que l'Ogre prétend
impossible : notre droit à la vie, notre liberté, notre égalité (la
fraternité on s'en charge nous-mêmes, merci), la fin de la culture de
la Haine.

Exigeons la mort de l'ogre appelé "la Norme" et de son fatras d'"Ordre
Symbolique", afin que nous puissions vivre. Et agissons pour que cette
exigence devienne réalité.

La lutte est engagée et continue, au nom des mortEs, pour les
vivantEs. Que la lutte grandisse. Que notre douleur se transforme en
colère et soit le carburant de nos combats.


Personnellement, je ferai maintenant mon deuil de cette nouvelle
victime de la transphobie, et pour déjà être passée par là, je sais ce
qui en sortira : j'intensifierai ma lutte pour la mémoire des victimes
et pour notre liberté. Et je jure dores et déjà la Guerre à l'Ogre.

La Révolution dit : j'étais, je suis, je serai. Je l'écoute.
Ecoutons-la ensemble. Et agissons. Au nom des mortEs, pour les
vivantEs.


       Cornelia, Support Transgenre Strasbourg